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Adrien PAUL (1890 - 1967) Directeur Commercial de Bugatti à Molsheim de 1928 à 1939
Adrien Paul nait en France, au Pays Basque, le 22 novembre 1890, le même jour que le Général de Gaulle dont il
fut un fervent admirateur. Son père, Hermann Paul, est un artiste peintre connu à Paris et en Camargue. Il fait des
études d'ingénieur automobile, mais il a 24 ans lorsque la guerre de 1914 éclate, et il est mobilisé d'abord dans
l'infanterie, puis, Ã sa demande, dans l'aviation. Il termine la guerre comme pilote de bombardier sur Farman.
Démobilisé en 1918, il commence sa carrière professionnelle aux usines Renault, à Boulogne-Billancourt, chez qui il passera près de 10 ans.
Marié en 1917 avec Andrée Leroy (née en 1892), ils s’installent à Marly près de Paris. Il aura avec elle 3 enfants :
Françoise-Marie née en 1918, Rosine-Aimée née en 1921 et Jean-Jacques né en 1925. Malheureusement, son
épouse décède en 1928 des suites d’un accouchement avec complications et Adrien Paul se retrouve veuf.
En mai ou juin 1928, il devient directeur commercial de Bugatti, Ã Molsheim, mais habite toujours Meudon, en banlieue parisienne, chez
son père. Pauline Ménard-Daurian, la seconde épouse de son père Hermann Paul, lui présente alors une jeune norvégienne de 22 ans,
Gudrun Lie, qu'il embauche comme jeune fille au pair pour s'occuper de ses 3 enfants dont l'aînée n'a que 10 ans. Il en tombe amoureux,
mais le père de Gudrun, Olaf Lie, médecin à Oslo, ordonne à sa fille de rentrer en Norvège, estimant que Paris est une ville trop
dangereuse pour une jeune fille. Très épris, Adrien Paul fait le voyage en Norvège en 1929 pour demander la main de Gudrun à son père.
L'entrevue se passe bien, Olaf Lie apprécie Adrien Paul et le mariage a lieu à Meudon en 1929. Ils déménagent tout de suite après leur
mariage pour Obernai, en Alsace, Ã 12 km de Molsheim, au 9 rue de Paris, avec les 3 enfants d'Adrien.
De cette union naîtront 2 enfants : Olaf, né à Strasbourg en 1932, et Erik, né à Oslo en 1937. Nous devons à Olaf Paul l'accès aux
archives familiales et aux nombreuses photos de cet article, la plupart étant inédites. Olaf Paul ne se souvient pas très bien de cette
période en Alsace, mais sa mère lui a souvent raconté comment cette période avait été heureuse malgré la relative absence de son mari,
qui ne vivait que pour son travail chez Bugatti. Madame Paul s'était liée d'amitié avec Jean Bugatti, qui avait alors à peine plus de 20 ans
et qui venait souvent voir la famille Paul à Obernai. Ils allaient ensemble aux sports d'hiver et sur quelques courses locales. Selon Olaf
Paul, Jean Bugatti "était comme un dieu" pour sa mère et sa mort accidentelle en août 1939 a été un énorme choc pour elle. Olaf Paul se
souvient surtout de Roland et confirme que le petit dernier de la famille Bugatti, né en 1922, a été un peu délaissé par un père souvent
absent et une mère quasi inexistante à cette période-là . Raison pour laquelle le petit Roland avait été pris d'affection par Madame Paul qui
l'accueillait souvent chez elle. Olaf Paul se souvient également que son père Adrien rentrait tous les soirs à Obernai au volant d'une
Bugatti différente, que sa mère s'était également liée d'amitié avec les pilotes de l'usine comme Veyron, Wimille ou encore Robert
Benoist, tous des amis de Jean Bugatti qu'elle aimait retrouver à l'Hostellerie du Pur-Sang ou encore pendant les courses locales.
Quelques semaines après la mort catastrophique de Jean Bugatti en août 1939, la "drôle de guerre" précipite le départ d'Alsace de tous
ceux qui n'étaient pas d'origine alsacienne. Un jour d'octobre 1939, Adrien Paul appelle sa femme chez elle à Obernai et lui demande de
faire ses valises immédiatement, il lui envoie Pierre Veyron en pleine nuit qui les emmène à la gare de Belfort. Là Madame Paul et les 5
enfants prennent le train pour Bordeaux et le Pays Basque où ils ont de la famille chez qui se réfugier. Adrien Paul reste à Molsheim, il a la
charge d'organiser le transfert des machines et du matériel à Bordeaux où l'usine doit continuer ses activités, principalement pour honorer les commandes du Ministère de l'Air.
Adrien Paul arrive à Bordeaux avec le déménagement de Molsheim, sa famille le retrouve et s'installe en ville avec lui. Mais les Allemands
occupent rapidement l'usine et Adrien Paul claque la porte, refusant de collaborer. Pour lui, c'est la fin de son aventure Bugatti et il
s'installe à Lyon, à la recherche de travail. Sa femme et ses enfants se réfugient chez des amis, les Cruseilles, près d'Annecy en
Haute-Savoie. Sa mère s'engage dans la Résistance, très active dans cette région. Adrien Paul vient rarement les voir, et on ne sait pas
trop pour qui il a travaillé pendant ces années de guerre, il était en tout cas lui aussi très engagé dans la Résistance dont Lyon était un peu la capitale.
Après la Libération, la famille retourne à Obernai pour essayer de récupérer ce qu’il était possible de retrouver, puis retourne à Paris où
Adrien prend un poste de directeur à la STA, Société de Transports Automobiles. Mais sa vraie passion est toujours l'aéronautique et il
prend en 1959 la direction commerciale d'une société qui existe toujours, la SECA, Société d'Entretien et de Constructions Aéronautiques,
au Bourget. Ils s'installent d'abord à Saint-Cloud dans une maison, puis à Paris dans un appartement du 16° arrondissement après le
départ de leurs enfants. En 1962, Adrien Paul a 72 ans et se voit mettre à la retraite, contraint et forcé. Il est très vexé et considère cette
mise à la retraite comme un licenciement… De rage, il vend son appartement parisien et part avec son épouse s'installer en Norvège, dans un village au sud d'Oslo.
Adrien Paul décède à Oslo en 1967, âgé de 77 ans. Il est enterré au cimetière de Gjovik avec son épouse Gudrun, décédée en 1994 Ã
l'âge de 88 ans.
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Remerciements à Olaf Paul, fils d’Adrien Paul, pour sa patience, ses archives familiales, la traduction anglaise de ce texte
et la confiance qu'il m'a témoignée.
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